Krach Boursier : Faut-Il Investir ? (Actions, Or & Bitcoin)

L'enfer semble se déchaîner sur les marchés financiers à mesure que le coronavirus se propage et paralyse notre économie. Les mesures de confinement et les fermetures de frontières ont freiné et l'offre et la demande.

Le chaos du mois de mars a touché absolument toutes les classes d'actifs. De nombreux investisseurs sont dans une période de peur, d'incertitude et de confusion. Personne ne sait combien cette phase léthargique va durer.

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Aujourd'hui, et pour la première fois, je vais parler d'investissement dans ce contexte particulier et très risqué. Qu'on se le dise tout de suite, je ne suis ni analyste financier, ni expert en management de fonds. Ce qui suit n'est pas une invitation à jeter vos euros durement gagnés dans les différents actifs que je m'apprête à aborder.

Ce qui suit n'est que mon opinion personnelle et mon humble analyse de ce qu'il se passe en ce moment sur les marchés, et comment ceux-ci sont susceptibles d'évoluer dans les prochains mois.

Pour cela, je m'appuie sur l'analyse de plusieurs investisseurs comme Nick Maggiulli ou Anthony Pompliano. Je suis également le marché des cryptomonnaies depuis plusieurs années, notamment car c'est mon travail principal. J'apporterai donc ma vision sur le bitcoin face à la corona-crise.

Italie – La Piazza del Duomo, à Milan, en période de confinement

Le point sur la situation actuelle

Où en sommes-nous ?

Les actions : En un mois, le S&P 500 et le Dow Jones ont respectivement baissé de 30% et 25%. Le CAC 40 a perdu presque 40%. L'indice de la peur (VIX) a dépassé son pic historique de 2008, inscrivant un nouveau record à 82,69 points, le lundi 16 mars.

L'or : Valeur-refuge par excellence, le prix de l'or a baissé de 8% par rapport à son sommet local de 1 700$.

Le bitcoin : Le bitcoin a aussi suivi le marché des actions dans son plongeon, et a baissé d'environ 40%. Le 7 mars, 1 BTC valait 9 000$. Il se trade aujourd'hui à 6 000$.

La vague vendeuse a donc tout emporté sur son passage.

D'accord, tout a baissé, mais où seront les marchés dans 2 ans ?

Pour moi, la réponse est assez simple. La valeur de ces actifs va augmenter, et les baisses actuelles sont une excellente opportunité pour prendre des positions.

Comme toute prédiction, la mienne repose sur des hypothèses :

1- Nos gouvernements seront à la hauteur, et utiliseront les outils à leur disposition pour faire face au choc exogène du coronavirus. C'est un postulat important, car il faut savoir que les dirigeants américains n'ont aucune idée des futures conséquences du QE et du airdrop de billets. Ils ont pris des décisions dans la précipitation, et il n'y a pas eu de discussion sur l'impact socio-économique à long-terme de celles-ci (cf. sources).

2- Le prix de certaines actions n'atteindra pas zéro, c'est-à-dire que les entreprises associées à ces actions ne feront pas défaut. De manière générale, les actions étaient surévaluées, comme en témoigne le ratio PEG (Price/Earnings to Growth). Il se situe à son plus haut niveau depuis que Bank of America a commencé à tracker cette métrique en 1986.

Partant de là, y'a-t-il des actifs susceptibles de produire de meilleurs rendements que les autres ?

Avant de répondre à cette question, il est important de comprendre qu'une raison supplémentaire expliquant la baisse des actifs tient dans le fait que le dollar américain est en train de se renforcer.

Nous vivons une crise de liquidité, et les valeurs refuge ne jouent plus leur rôle. C'est le rush vers le cash.

Dégager du cash rapidement est devenu la seule préoccupation des investisseurs, afin de faire face à la multiplication des appels de marge. Les investisseurs vendent donc en priorité leurs actifs les plus liquides.

Quand tout le monde se rue sur le dollar, celui-ci se renforce.

Au fil du temps, cependant, le dollar devra être affaibli pour que les marchés se stabilisent et finissent par se redresser.

Comment ? En inondant le marché de liquidités qui dévalueront la monnaie de réserve mondiale. Analysons maintenant chaque classe d'actif.

Les Actions

Sur le marché des actions, c'est le chaos. Les variations quotidiennes dépassent régulièrement 5 %, avec des fluctuations intraday d'ampleur encore plus importante.

S&P 500

Dans ce contexte, il paraît pertinent de séparer les actions en 2 groupes :

Les entreprises fortement impactées par le coronavirus

Les secteurs les plus touchés sont évidemment l'hôtellerie, l'aviation ou la restauration. A titre d'exemple, l'action Marriott Hotels (MAR) a perdu 50%, et United Airlines (ULA) a perdu 75%.

La grande question pour ce groupe d'entreprises est de savoir :

(a) si elles peuvent survivre à plusieurs mois sans revenus,

(b) si elles devront déclarer faillite, ou

(c) si le gouvernement interviendra avec un plan de sauvetage de l'industrie.

Le grand risque ici est que ces entreprises fassent faillite, car la plupart de leurs revenus se sont évaporés.

Si elles tiennent, les meilleurs rendements sont susceptibles de provenir des actions qui ont le plus baissé.

Pour illustrer ce point, regardons du côté de United Airlines. ULA est passée d'un cours à 80$ début 2020 à près de 20$. L'entreprise a pourtant dégagé 3 milliards de bénéfices en 2019. Mais la société avait pour habitude de racheter ses propres actions dans des opérations de buybacks, maintenant ainsi artificiellement son cours boursier. Elle se retrouve donc aujourd'hui dans la difficulté, et son sauvetage potentiel par l'état créera sans doute un débat orageux mais légitime dans l'opinion publique.

Personnellement, ce n'est pas le genre de pratique que je souhaite supporter. Je vais plutôt regarder du côté des entreprises qui ont de grandes chances de redémarrer cet été, et qui ne souffrent pas de gros problèmes de fonds propres.

Les entreprises non-impactées par le coronavirus

Aujourd'hui, la plupart des actions sont vendues dans le cadre d'une tendance plus large. C'est-à-dire qu'il n'y a pas beaucoup de discrimination entre celles qui sont solides face au coronavirus, et celles qui ne le sont pas.

Les entreprises faiblement impactées par le coronavirus devraient accélérer leur reprise au cours des 2 prochaines années.

Néanmoins, si une croissance me paraît fort probable, il me paraît inimaginable de revenir aux niveaux historiques surévalués de février 2020.

Sommes-nous au plus bas ?

Personne ne peut prédire l'avenir, et tout dépend évidemment de la réponse de nos gouvernements et de l'efficacité des mesures prises.

La récession est un scénario déjà acté. La question est maintenant de savoir si ce ne sera qu'une récession, ou si elle se transformera en dépression.

Nous suivons tous avec effroi ce qu'il se passe en Italie. La Lombardie a 10 jours d'avance sur New York.

Comment les Etats-Unis vont-ils gérer la crise ? Comment Wall Street va réagir lorsque les mesures américaines seront plus extrêmes ?

Pour le moment, ils sont en train de déverser des milliards sur nos têtes, ce qui va enrichir les rentiers et gonfler la bulle sur les actions. On peut également se demander s'il est judicieux de faire pleuvoir les billets si tôt. Car même en boostant la demande, les entreprises pourront-elle y répondre dans un contexte de confinement ?

Quoi qu'il en soit, pour le S&P 500, le niveau des 2 000$ me paraît extrêmement intéressant à suivre.

Une croissance de +20% sur les 2 prochaines années est tout à fait envisageable, et si les cours continuent à baisser, je tablerai plutôt sur une croissance de +40% à partir du bottom.

L'Or

L'or est la valeur refuge par excellence depuis des millénaires. C'est-à-dire qu'en période de turbulences et de crise, le prix de l'or conserve sa valeur ou augmente.

XAU

Comme je l'ai mentionné précédemment, le dollar américain continue de s'apprécier sur le court terme, à la fois contre les actifs traditionnels, mais aussi contre les autres devises.

Le gouvernement américain s'apprête alors à faire décoller « l'helicopter money ». C'est un moyen de soutenir la consommation plus rapide que les baisses de charges sociales.

L’administration Trump veut ainsi distribuer de l’argent directement aux individus, et cette mesure s'inscrit dans un plan de relance d’environ 850 milliards de dollars, accompagné de Quantitative Easing (QE).

Les investisseurs comprennent bien que le QE signifie une dévaluation de leur trésorerie. Ils vont donc chercher des actifs de couverture afin d'avoir un hedge contre l'inflation.

L'or, qui vient de passer de 1 700$ à 1 500$, va très certainement bénéficier de ce mouvement. Il est tout à fait possible qu'il flirte avec le niveau des 2 000$ durant les 2 prochaines années, voir qu'il les dépasse allègrement.

Cependant, l'or est relativement stable dans le temps. Ce manque de volatilité est un atout de taille en période de crise, mais en période de croissance économique, il ne produira donc pas de rendements extraordinaires.

Les rendements extraordinaires ont besoin de niveaux de volatilité élevés.

Le Bitcoin

Je vais reprendre ici l'argumentaire d'Anthony Pompleano, même si à la fin, nous n'avons pas les mêmes prédictions. Les perspectives de bitcoin sont similaires à celles de l'or avec quelques différences clés.

La volatilité du BTC

Alors que le dollar est dévalué, les investisseurs privilégieront des actifs de couverture contre l'inflation. L'or et le bitcoin en seront les deux bénéficiaires. Mais une différence majeure entre les deux actifs est leur volatilité.

La volatilité importante du bitcoin est souvent considérée comme négative par les médias grand public et certains investisseurs. Mais il faut comprendre c'est une caractéristique intrinsèque du bitcoin.

Ce n'est pas un bug, c'est une fonctionnalité.

Au fur et à mesure que les intiatives de QE vont se déverser sur nous (estimation à 5 000 milliards), nous verrons un rush d'investisseurs vers l'or, mais également vers le bitcoin pour se protéger.

BTC

Dans la semaine du 16 au 22 mars, le bitcoin a augmenté de 40% alors que les propositions de relance monétaire commencent à se faire entendre partout dans le monde.

Ce type d'hyper-volatilité se poursuivra, tout en présentant toutes les protections de couverture contre l'inflation de l'or sur le temps long.

Le troisième halving

La deuxième différence clé est que bitcoin est également à moins de 60 jours d'un choc d'approvisionnement important.

Les bitcoiners s'apprêtent à vivre le 3e halving, qui va diviser par deux la « récompense de bloc » des mineurs.

Dit autrement, il y aura de moins en moins de bitcoins émis au fil du temps. Cette règle algorithmique a ainsi vocation à rendre le bitcoin déflationniste, et à rendre l'actif encore plus rare (le max supply du BTC étant fixé à 21 millions).

Pour vous donner une analogie, imaginez que tout le monde se rue vers l'or, et que 50% des mineurs d'or dans le monde ferment leurs portes. L'actif-refuge devient alors encore plus rare.

On peut ainsi s'attendre à un choc de demande positif qui se produit presque exactement au même moment qu'un choc d'offre négatif (qui est peut-être déjà pricé dans le prix du BTC, ou pas).

Pour ce qui est de mon sentiment, je pense qu'il y a de grandes chances que le bitcoin replonge, mais je suis persuadé qu'on reviendra au moins au niveau des 10 000$.

Cela présente une opportunité de doubler son investissement, sans effet de levier, tout en se protégeant de l'inflation à venir. Je table sur une range d'achat entre 3 000$ et 4 500$.

En ce moment, le S&P 500 et le bitcoin sont très corrélés mais j'imagine que les deux vont finir par se découpler dans les semaines qui viennent.

Je pense que cela ne devrait pas prendre plus de quelques jours d'actions de prix intraday non corrélées pour conclure que le S&P500 et le bitcoin ont divorcé. C'est ce que je vais personnellement surveiller.

S&P 500 & Bicoin

Synthèse

La récente agitation du marché a présenté une opportunité d'investissement très intéressante pour les investisseurs qui disposent de liquidités.

Pour conclure, je pense qu'il y a des opportunités à saisir dans toutes les classes d'actifs, selon son profil-risque, et en postulant que nos gouvernements vont réussir à éviter une dépression.

Mais si certaines actions et l'or vont bien se débrouiller, je pense que le bitcoin est plus attractif car il présente le meilleur compromis risque-récompense, et qu'il va surperformer sur les deux prochaines années.

Pour synthétiser :

  • À court terme, il y aura encore de la baisse. Je peux me tromper, mais je vais surveiller la corrélation S&P et BTC de très près.

  • À moyen terme, je n'ai aucune idée de ce qu'il va se passer. Plus d'informations nous permettront d'y voir (un peu) plus clair.

  • À long terme (1-2 ans), je suis très bullish BTC. L’environnement inflationniste dopé à l'helicopter money peut ouvrir la voie à un avenir radieux pour le bitcoin.


Je rappelle que ceci n'est que mon opinion personnelle, et que je ne suis absolument pas en mesure de prodiguer des conseils financiers ou de prédire l'avenir. Faites vos propres recherches, informez-vous, et n'investissez que ce que vous êtes prêts à perdre.

Je compte très rarement écrire des articles comme celui-ci. Dans le prochain épisode, je vais comparer les réponses des différentes nations face au coronavirus (et oui, encore ce fichu virus !). Ce sera l'occasion d'introduire un nouveau modèle de pensée : Live Players & Dead Players, et de l'appliquer au contexte actuel.

Restez-chez vous (puisqu'on est incapable de gérer la crise à la coréenne), et à très bientôt !