Brutalité Policière : La Carte à Jouer des Géants du Web

Les policiers ne disent parfois pas toute la vérité

Récemment, les Gilets Jaunes en France et l’affaire George Floyd aux Etats-Unis ont remis sur le devant de la scène le débat sur les violences policières.

C’est-à-dire les actions violentes conduites par des policiers envers d’autres personnes, hors du cadre défini par la loi.

Il y a une réalité qui devient de plus en plus évidente : les policiers ne disent parfois pas toute la vérité.

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Au moins trois grands services de police américains ont été pris en flagrant délit de mensonge ou d’omission au cours des dernières semaines, et ce, grâce à des séquences vidéo uploadées sur Internet.

  1. La police de Minneapolis a d’abord déclaré au public que George Floyd avait résisté à son arrestation et qu’il était décédé après un “incident médical lors d’une interaction avec la police”.

  2. La police de Buffalo a déclaré qu’un manifestant de 75 ans qui a subi des lésions cérébrales a simplement “trébuché et chuté”.

  3. La police de Philadelphie a allégué qu’un étudiant qui avait subi une grave blessure à la tête avait d’abord agressé un officier.

C’était la version officielle. Jusqu’à ce que des preuves remontent et démontrent que ces déclarations sont fausses.

Auparavant, nous étions dans une configuration “parole du policier contre parole du suspect”.

Maintenant, la parole du policier et celle du suspect sont confrontées à la réalité des vidéos, souvent filmées par des passants ou d’autres manifestants.

Les vidéos qui ont remonté récemment ont fini par montrer que :

  1. George Floyd n’a pas résisté à son arrestation. La police de Minneapolis a omis de mentionner le genou qu’un officier a placé sur son cou pendant près de 9 minutes.

  2. Le manifestant de 75 ans, Martin Gugino, a en fait été poussé par des policiers. Il a été poussé violemment au sol et personne ne s’est arrêté pour l’aider. Il est ensuite resté allongé, inanimé, alors que du sang s’écoulait de son oreille. La bande est disponible et chacun peut la regarder et s’en faire sa propre opinion.

  3. Quant à l’officier de Philadelphie, il a été vu en vidéo frapper un étudiant de 21 ans de l’Université Temple à la tête et au cou avec une matraque en métal. Cet étudiant a été libéré après que les procureurs ont vu la vidéo et décidé de poursuivre le policier à la place.

La carte à jouer des géants du web

Les manifestations et les troubles de la semaine dernière ont produit d’énormes volumes de vidéos documentant la brutalité policière.

Mais où est la plate-forme pour que ces preuves importantes soient collectées, rassemblées et rendues publiques ?

À l’heure actuelle, les géants du web déploient leurs immenses ressources informatiques et leurs catalogues de produits pour répondre à une myriade de consommateurs, d’entreprises et de plus en plus de besoins gouvernementaux et militaires.

Le streaming vidéo, le stockage illimité sur le cloud, la puissance de calcul, l’analyse d’images, l’indexation et tri de flux de données complexes sont des services déjà offerts par les géants du web pour de multiples cas d’usage.

Mais la documentation intelligente des vidéos d’incidents violents comme la violence policière ne fait pas partie de ces cas d’usage.

Par conséquent, la situation actuelle est chaotique.

Une fois rassemblées par des témoins, les images peuvent être dispersées sur une douzaine de sites et de services, soumises à autant d’accords de licence ou de restrictions médias. Les vidéos peuvent être dépouillées de métadonnées, perdre des détails lors du ré-encodage, ou être éditées par d’autres personnes puis republiées à des fins de manipulation.

Ce dont la société a besoin, c’est d’un contre-poids.

C’est-à-dire une plateforme sur laquelle :

  • Des vidéos peuvent être uploadées librement et de manière anonyme si nécessaire,

  • La preuve de l’origine est raisonnablement établie, en se basant par exemple sur la blockchain,

  • Les vidéos mises en ligne sont organisées par géolocalisation et horodatage,

  • Des balises et des annotations peuvent être proposées par la communauté,

  • Ces données et métadonnées sont systématiquement analysées et indexées.

Une telle plateforme nous permettrait de visualiser le même événement ou incident sous différentes perspectives.

Ce système ne prend pas parti et n’en a pas besoin.

Il n’est pas là pour faire avancer un récit particulier au détriment d’un autre, mais pour corriger une asymétrie de ressources dans la capacité de présenter et de soutenir un récit.

Qui aura le courage de faire avancer le système ?

Il convient de noter qu’aucune des capacités nécessaires à la création d’une telle plateforme n’est nouvelle ou spéciale.

YouTube, Instagram, Facebook, Amazon, Microsoft ou Snapchat utilisent tous déjà les briques qui permettraient de déployer une telle solution à grande échelle.

Toutefois, la construction d’une plateforme pour lutter contre la brutalité policière (et citoyenne) est un acte politiquement chargé.

C’est une reconnaissance du point de vue selon lequel non seulement la violence d’État est un problème, mais que les entreprises privées doivent intervenir pour l’atténuer.

Cependant, la réalité du marché est qu’une plate-forme de suivi de la brutalité policière, aussi utile ou nécessaire soit-elle, ne rapportera probablement pas beaucoup d’argent et exposera ses créateurs à des responsabilités inconnues. Les entreprises qui s’y aventurent risquent peut-être même d’être désavantagées lors de la négociation de contrats gouvernementaux très lucratifs.

Microsoft, Google, Amazon, Facebook et leurs semblables ont entre leurs mains certaines des technologies les plus avancées de la planète et emploient la crème des ingénieurs du marché (dont une grande partie est également très progressiste).

Pour le moment, ces entreprises prennent quelques mesures. Amazon a par exemple décidé d’interdire à la police américaine d’utiliser son logiciel de reconnaissance faciale Rekognition pendant un an. La société demande une réglementation plus stricte sur l’usage de cette technologie.

Mais l’une de ces sociétés aura-t-elle le courage d’aller vraiment au-delà et de mettre ses résultats en danger de la même façon que les manifestants mettent leur vie en danger en luttant contre la brutalité policière ou les intérêts de la population française ?

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